Lors de mes recherches sur les costumes des Enfants du paradis, j’ai été intriguée par le nombre de gens qui pensaient avoir vu ce film en couleurs. Nombre d’entre eux avaient même une idée très précise du ‘rouge’ de la robe de Garance ! (jamais la même, évidemment) Pour souligner cette distance entre hier et aujourd’hui, José et moi-même avons voulu donner au ballet un aspect ‘colorisé’ avec une scénographie en noir et blanc (suggérée par Ezio Toffolutti) et certains costumes en couleur. Ainsi, tout ce qui rappelle fidèlement le film – les personnages principaux et les scènes de « théâtre dans le théâtre » – est décliné dans des couleurs vives, comme pour souligner l’effet de citation. En revanche, la foule et les personnages en arrière-plan apparaissent en teintes plus monochromes.
Sur les trois cents costumes de la production, la moitié d’entre eux s’inspire – dans une relecture contemporaine – de la mode des années 1840. J’ai cherché à respecter les codes vestimentaires de l’époque tout en les adaptant – particulièrement en ce qui concerne les proportions - aux morphologies des danseuses d’aujourd’hui. Les cent cinquante autres costumes que j’ai choisi aux Ateliers Berthier de l’Opéra pour être portés par la foule ont été retravaillés pour évoquer le contexte social de la première époque du ballet.
Cette manière d’adapter des styles vestimentaires du passé à un ballet contemporain est ma façon de rendre hommage au film de Marcel Carné et de Jacques Prévert.
Agnès Letestu
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