Regard sur...
21 juin 2010
Regard sur les rôles

Hilarion dans GISELLE

La Giselle de Mats Ek se détache de plusieurs façons de tous les autres ballets que j’ai dansé.

Giselle de Mats Ek a été le ballet ou j’ai pu montrer ma vrai personnalité en scène pour la première fois, où je n’ai pas eu besoin de jouer. Mats Ek ne veut pas qu’on joue un personnage, il veux des réactions personnelles et authentiques.

Il assemble les interprètes de manière a obtenir le rapport qu’il cherche entre les personnages. Au début, il a voulu m’essayer dans le rôle d’Albrecht, mais très vite il s’est aperçu que ma personnalité correspondait mieux au rôle d’Hilarion

L’expérience est géniale, parce qu’à la différence d’autres ballets, on n’a besoin de s’identifier à personne, le jeu doit venir naturellement. Tant pour le spectateur que pour le danseur, la vision est très forte, parce que je réagis comme je le sens, pas comme je dois réagir.

Je me sens complètement impliqué dans ce ballet, il me touche profondément. D’habitude, quand je finis de danser, je redeviens moi-même, je peux remonter dans ma loge, discuter, plaisanter normalement. Dans la Giselle de Mats Ek, c’est complètement différent, j’ai beaucoup de mal à m’en remettre. Je suis tellement près de moi-même en scène, et ce qui se passe sur scène est tellement fort, que les barrières entre Hilarion et José deviennent complètement floues, et c’est comme si ce qui était arrivé en scène m’était arrivé.

Je pourrais danser cette Giselle éternellement, j’ai toujours envie que les spectacles ne se finissent jamais. Les émotions sont tellement fortes, tellement naturelles, que la plus petite différence d’un soir à l’autre est amplifiée, et que la situation en devient elle-même complètement différente, je ne danse pas deux fois le même ballet.   

 

Prince Désiré dans LA BELLE AU BOIS DORMANT

La Belle au Bois Dormant n’est pas mon ballet préféré.

Bien que je le trouve excessivement rigide, formel, j’aime beaucoup le danser, car il contient un moment vraiment magique, la variation lente du 2e acte. C’est un passage « unique » dans tout le grand répertoire académique.

Je n’ai jamais véritablement retrouvé dans un autre ballet la sensation que j’éprouve pendant les 6 minutes que dure ce solo, a l’exception du Nosferatu de J.C Gallotta. Au début de ce ballet, je suis seul sur le plateau, et comme envoûté par la musique… je me laisse entraîner dans la danse. L’écriture chorégraphique est évidement très différente de celle de la Belle mais les sensations que j’ai sur scène se ressemblent étrangement.

Bien que cela puisse paraître une vision un peu égoïste du rôle, je trouve qu’il vaut bien la peine de danser la Belle, uniquement pour le plaisir de danser cette variation lente.

Cette variation est dansée sur un solo de violon. S’il y a une véritable complicité entre le danseur et le musicien, l’écriture chorégraphique devient alors secondaire face a la respiration musicale, le violoniste va déterminer la durée des équilibres ou des pirouettes que le danseur exécute. J’adore le début de la variation, le moment ou je ne sais pas encore comment le musicien va respirer la musique ce jour la, et qu’il faut vraiment être a l’écoute pour que la musique et la danse soient en parfaite cohésion.

 

Siegfried dans LE LAC DES CYGNES

Au début, j’ai eu des difficultés avec le rôle du Prince, surtout dans le premier acte.

J’avais dès le départ choisi un jeu très moderne, très naturel, j’essayais de rester assez proche de ce que pourrait être un Prince d’aujourd’hui, un Prince qui s’ennuyait. J’ai constaté beaucoup de mauvaises réactions, on a pensé ici que j’avais le trac, là que je faisais la tête, une fois même, on m’a demandé si j’étais mécontent parce que j’avais été prévenu d’un remplacement trop tard !

Plus tard, j’ai construit un Prince très différent, au tempérament romantique, mais beaucoup plus stylisé. Il est peut-être physiquement à la cour, mais son esprit est complètement ailleurs, il est perdu dans ses rêves. Il est obligé de faire des mondanités alors qu’il n’en a aucune envie. Dans un sens, c’est aussi une interprétation très vraie, car elle correspond à une réalité : je n’ai jamais pris de plaisir dans un excès de mondanités !

En fait, mon interprétation de départ était bien trop moderne, trop vraie pour un ballet classique, où l’on reste par tradition dans un univers très stylisé. Je pense qu’elle conviendrait pour une version moderne du Lac, comme celle de Matthew Bourne, que je trouve très intéressante.

Je pense qu’il est indispensable d’adapter son jeu de scène a la vision que le chorégraphe a de son œuvre. Dans la version de Patrice Bart par exemple, la psychologie des personnages est différente, le rôle du prince peut être traité d’une manière plus moderne. Dans un ballet, il n’y a pas qu’un soliste, le rapport entre tous les personnages est important (voir Giselle de Mats Ek).

Je pense que la danse narrative doit évoluer vers des personnages et un jeu plus moderne. On ne peut pas danser éternellement des personnages de la fin du XIXe siècle à la façon du XIXè siècle. »

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