Regard sur...
21 juin 2010
José Ferran – par Bérangère Alfort

Par cours, par stages, par vos conseils bien sûr. Par cris parfois! Par l’envie de se battre sans relâche, contre les aléas du temps, de la vieillesse qui s’abat toujours trop vite sur le corps malmené des danseurs, des modes pour des constitutions physiques, des dispositions de certains soit disant contraires à la danse…. Vous nous avez inculqué votre credo : la volonté. Mais pas seulement.

L’intelligence du geste respirait à la pointe de vos directions. Jamais de placement outré, de dérive obsessionnelle de la technique qui prime parfois sur la conscience d’être en scène. Toujours le respect de l’autre habitait vos leçons, sans brimades corporelles ni restrictions alimentaires mutiles. Que veut la femme ?

Par amour des danseuses, vous avez su transmettre, sans qu’on ait à lire Freud, la fragilité, les doutes, les dérapages auxquels sont confrontées celles qui ont le ballet pour vocation.

En cela, votre enseignement fut plus qu’actuel, et la frontière entre « classicisme » et « contemporanéité » abolie.

Vous avez compris les êtres, respecté leurs choix, soutenu leur motivation, sans épargner leurs défauts.   
Etoile. chorégraphe où amateur. De José Carlos Martinez. le petit pepito(!) à Renato Zanella et Jean Christophe Maillot que vous avez réunis pour le ballet « Nuit »… en passant par tous les autres, qui ont dansé pour vous ce joyau oublié  » Ma Mère l’oie  » sur un air de Bellini.

Vous qui faisiez des enregistrements pirates d’opéras avec vos amis! Vous qui étiez si fier d’avoir dansé avec Violette Verdy, mais aussi Leslie Caron dans des comédies musicales comme  » Daddy long legs  » où vous vous amusiez comme des fous. Vous qui avez fait « l’homme orchestre » professeur chez Béjart, danseur, notamment dans « Le loup », remplaçant, maître de ballet chez Roland Petit. Vous qui aviez débuté au théâtre de Licéo, dans votre ville natale de Barcelone, engagé à 16 ans dès la première audition ! Vous qui avez été là, dès les débuts de Cuevas, voyageant de Monte-Carlo à Paris, partant, revenant…

 » Madame Rosella « , comme disent les élèves, vous l’aviez rencontrée lors de son passage à Barcelone, L’école de Cannes, vous en êtes les murs, l’âme, l’esprit, le pince sans rire aussi. « Ici, on n’est pas là pour prendre le thé, on danse ! » hurliez-vous parfois à tue-tête pour réveiller les muscles engourdis par l’été.

Les applaudissements, vous nous les refusiez à l’issue des cours « Cela monte à la tête » disiez- vous. Pas de lyrisme mal placé, pas d’idolâtrie pour vous, ni de complaisance pour nous. Du coup, notre silence n’était qu’amour en retour. Et nous partions, avides du prochain cours. A condition d’être à l’heure! Mais laissez-nous aujourd’hui cette joie de vous rendre hommage, s’il vous plaît. La danse est par vous présente. Vous nous avez tant appris. Merci.

José Ferran est décédé le 2 février 2000 à Barcelone

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One Response

  1. Hélène Doré dit :

    Quelle émotion en lisant cet hommage à un des plus grands et des plus talentueux professeurs de danse. Et quelle humanité. Cher José j’ai eu la joie de vous cookilnnaître de voir vos cours d’entendre vos cris quand le travail n’était pas fait comme vous le vouliez. Mais je vous ai vu aussi, après le cours, attendre les élèves pour leur expliquer le pourquoi de votre colère. Vous étiez avec eux assis sur le banc près de la porte d’ entrée du Centre de Danse Rosella Hightower’qui était votre seconde maison. Jamais on ne pourra vous oublier, très cher José. Merci mille fois pour ce témoignage en l’ honneur d’un très très grand Maître.


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